Résidence 2014

David Rodriguez-Diaz du 8/07 au 8/09 2014drd2014_01

Objectifs

L’objectif principal de cette première résidence était de mettre le projet à l’épreuve : évaluer par la pratique le dispositif de « résidence d’artiste » au sein de la commune de Saint Vincent de Durfort et mieux mesurer ses besoins et ses contraintes. En parallèle, il m’a été demandé de commencer un travail d’inventaire de l’œuvre restante de Jean Claude Maes en vue d’une future donation à un musée en France ou en Belgique.

Séjour et travail

Il est important d’exposer les conditions de la maison à mon arrivée pour mieux évaluer ce qui a été réalisé pendant la période d’été 2014. J.-C. MAES s’est installé dans cette maison il y a 50 ans et il y a établi une partie très importante de sa création. Il était, par ailleurs, une personne qui aimait à conserver toute une histoire à travers tout type d’objets. Avant son décès survenu en 2013 il n’était pas retourné dans cette maison durant les 3 ans de son agonie. La maison était donc « habitée » par cet homme et toute son histoire. Un mouvement important s’est mis en marche pour faire vivre son héritage à travers sa dernière volonté : Que son patrimoine soit utile aux artistes.

Le principal objet de ce patrimoine est sa maison à Saint Vincent de Durfort au sein de laquelle se construit le projet de Résidence d’artiste. En vue de la réussite de celui-ci, un processus de nettoyage a été entamé depuis plusieurs mois déjà, mais à mon arrivée il y restait encore une partie de tous les objets de Jean-Claude.

Le mouvement est constant et pour le démontrer il a été question de rendre le lieu habitable pour les futurs artistes, en débarrassant tout ce qui l’encombrait, et de mettre en marche la machine avec une première résidence soutenu par Mme. Françoise FAIVRE et l’association. Mon devoir était donc d’habiter la maison – nettoyer, réorganiser, vider, etc. –, de rassembler l’œuvre de J.-C. MAES, et de créer mes propres œuvres.

Inventaire

La maison se trouve dans un état parfaitement habitable bien que certaines machines, et coins de la maison, souffrent d’un manque d’utilisation. Il a fallu donc tout remettre en marche et de bien « prendre possession » de la maison pour « maîtriser » l’espace qui aller servir d’atelier, notamment. Suite à des problèmes de fonctionnement – l’arrivée d’eau principale et le Chauffe-eau – il a fallu faire intervenir des professionnels. Ensuite le processus de sélection et nettoyage a pris environ 2 semaines, même s’il a continué tout le long de la période de résidence. Une fois des conditions minimales ayant été atteintes, le travail d’inventaire a pu commercer. Ce travail se divise en plusieurs parties, l’oeuvre de l’artiste étant profondément multiforme. Cette dernière se construit autour de : la peinture, le dessin, l’architecture/scénographie, la céramique et le dessin animé.

 

Ce qui a été profondément difficile c’était la mise en place d’un laboratoire/bureau, rendant la prise de vue plus aisée, sans parler de la mise au propre et le rassemblement des documents à travailler.

Au regard de tout ceci un travail considérable a été réalisé: presque 3000 documents ont été numérisés qui représentent, environ, la moitié des archives à traiter. Il reste, néanmoins, tout le travail d’insertion et de mise en forme dans la base de données pour les rendre lisibles. Les originaux on été reconditionnés, en fonction des dossiers numériques, en vue de la reprise de l’inventaire et pour les retrouver facilement au sein d’un système d’archivage improvisé.

Création

Le travail de création est finalement ce qui est déterminant de cette expérience. Avant d’aborder les œuvres, quelques considérations sur « Le Château », je pense que vous avez déjà une idée du temps qu’il a fallu pour le « maîtriser » et pouvoir se concentrer sur la création. La bâtisse est dans un très bon état et il est nécessaire qu’elle soit habitée régulièrement pour qu’elle le reste. Certes des travaux de réajustement seront à prévoir, mais ils ne sont pas très importants au regard de sa taille. L’endroit compte tout ce qu’il faut pour démarrer le travail rapidement : un espace et du matériel. A ce propos Jean-Yves Madeleine a pris en charge l’installation d’un réseau internet qui est une condition primordiale pour recevoir aujourd’hui – même si je sais des artistes qui peuvent s’en passer pendant une courte période. L’eau, l’électricité et le réseau de gaz de la maison sont en parfait état de marche. L’atelier compte sur un matériel de base important pour le travail du dessin et de la peinture. Il reste « le garage », atelier de céramique, entièrement équipé également, mais où je n’ai pas fait ce travail de sélection et de mise au propre faute de temps.

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Il reste cette fameuse caractéristique, propre au lieu, sur laquelle tourne le projet : Le Silence. Il est effectivement une présence réelle, il prend du volume dans cette maison et vit sous les coups donnés par le vent. La montagne rend les déplacements longs, et oblige celui qui s’y trouve à penser à deux fois avant de prendre le volant. Si bien que l’on fait connaissance facilement avec les habitants de la commune, je pense que cela ne peut empêcher l’artiste de se trouver seul face à la réalité de son travail. Cette forme de retraite, loin de la plupart des distractions, favorise le travail mais le rend tout aussi douloureux : il est dernier rempart de salvation, dernier coin où nous pouvons nous refugier d’une confrontation directe avec la solitude. L’intuition me paraît correcte : l’artiste qui s’y rend doit envisager son travail FORCEMENT autrement, loin des bruits de la ville et de la spéculation artistique d’un milieu dense dans les grandes villes. Chacun y trouvera un moyen de se protéger et s’approprier ce territoire rude mais terriblement riche et beau.

En ce qui concerne mon expérience, j’ai commencé une série des dessins, avec du matériel trouvé sur place, qui fait ressortir des nouvelles pistes de réflexion pour la suite de mon œuvre. Il y transparait un sentiment de retrait qui m’éloigne considérablement des effets spectaculaires de certaines autres œuvres que j’ai pu réaliser. J’ai recentré mon travail sur les problématiques que je peux d’ores et déjà cerner comme étant mes obsessions à savoir le voyeurisme, la sexualité et le fétichisme. Et j’ai également pu mieux cerner les méthodes que j’ai mises en place pour en parler et les développer avec des nouveaux moyens. Ces méthodes concernent un travail sur la relation texte/image et leur charge signifiante, ainsi que l’utilisation du collage pour la construction de mes compositions. Collages réalisés grâce aux documents glanés aussi bien sur le net que dans le contexte dans lequel je me trouve – notamment ici dans l’ancienne maison de J.-C. MAES. Vous pourrez bientôt voir des images de ce travail sur mon site www.art-davidrodriguez.com

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Restitution

Tout le long de la période de résidence je me suis efforcé de sensibiliser les habitants de la commune sur les qualités du projet et la nécessité de le soutenir. J’ai donc organisé une visite d’atelier le 30 aout ouverte à tous.

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Photo : Fabrice Demurger

La découverte du lieu, que beaucoup n’avaient jamais vu, a eu un effet très positif et nous avons reçu des commentaires très enthousiastes.

C’est en considération de ces retours que j’ai proposé à la mairie le projet d’organiser une ouverture publique de la résidence pour y présenter et mon travail et quelques œuvres du défunt pour tous ceux qui ne connaissaient pas son œuvre. Les choses se sont organisées très rapidement et j’ai eu un accueil très positif de la part d’Eliane Bordigoni qui m’a aidé à rédiger et envoyer les invitations et à obtenir la présence des représentants locaux. J’ai également reçu le soutien total de la part des membres de l’association et notamment de Jean-Yves Madeleine, qui a été présent pour soutenir le projet. Malgré les délais très courts d’organisation – 15 jours environ – le samedi 30 août nous avons reçu une cinquantaine des personnes intéressées par la manifestation, dont Christian Ferrousier, Maire de Saint Fortunat sur Eyrieux et Vice président, chargé de la culture, de la Communauté d’Agglomération. Les participants ont fait preuve d’un accueil chaleureux et d’une curiosité éveillée envers le projet. Suite à cet évènement une réunion de travail a été prévue pour samedi 27 septembre prochain.

La semaine qui a suivi a été très motivante puisque plusieurs personnes se sont manifestées avec des idées ou au moins une bonne énergie pour la suite. Christian Ferrousier a déclaré vouloir faire intervenir la presse pour avoir un appui publique au moment de représenter le projet. Ceci a finalement eu lieu une semaine plus tard lors de l’inauguration du projet de mosaïque réalisé par Joggem Degraff, artiste d’origine Hollandaise installé depuis 30 ans dans la commune. L’article de Christian Prost, correspondant pour le Dauphiné libéré, a paru le 16 septembre dernier. Lors de la même manifestation, un élu du conseil municipal m’a mis en contact avec Hervé Saulignac, président du conseil général de l’Ardèche, à qui j’ai brièvement présenté le projet et qui a été notifié de la prochaine réunion et qui enverra un représentant de son cabinet. Il m’a également transmis les coordonnés de Dominique Lardenois, directrice du Théâtre de Privas et l’institution la plus proche pouvant être un partenaire de qualité pour le projet.

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Photo : Fabrice Demurger

Considérations personnelles

 

Je me permets ici de vous faire part de quelques considérations, complètement subjectives, concernant les conditions de la maison en vu du travail artistique et de sa reprise éventuelle. La maison dispose d’un système de chauffage central au gaz très complet, d’une cheminée et plusieurs poêles à bois pour la chauffer. Néanmoins le problème de l’isolation est à revoir pour rendre l’habitation moins gourmande en besoins énergétiques et ainsi envisager des résidences pendant les mois d’hiver. Ceci est particulièrement vrai dans l’atelier qui se trouve au dernier niveau et qui est le volume le plus grand de la maison. Celui où finalement on est censé passer le plus clair du temps. Par ailleurs il serait souhaitable de doubler les murs – ce qui permettrait de penser à une isolation – pour les rendre utiles pour le travail. Dans l’état actuel il est impossible de s’en servir pour accrocher des objets à moins de percer le béton systématiquement. Ça rend quelques pratiques difficiles à mettre en œuvre, notamment le travail sur des grands papiers fixés à un support.

Dans la perspective d’un accueil durant l’hiver, la capacité de l’installation actuelle à chauffer cet ensemble reste une question importante à évaluer.

Enfin je pense qu’il est nécessaire de très vite installer un nouvel artiste pour démontrer tout l’intérêt que ce lieu peut présenter pour des jeunes artistes et que le projet a une vie malgré les obstacles rencontrés.

Le 10 Septembre 2014, David Rodríguez