Résidence 2015

 

Sébastien Gouju avec Célie Falières et Camille Grosperrin du 27/07 au 3/09/2015sg2015_01

 

L’artiste invité Sébastien Gouju a choisi de joindre au projet deux jeunes artistes Célie Falières  et Camille Grosperrin.

 

 

 


Sébastien Gouju

C’est un 9 avril que j’ai découvert Saint Vincent de Durfort, et ce sera un 9 avril que les pièces réalisées lors de cette résidence seront présentées à la galerie Semiose à Paris. Hasard et souriant clin-d’œil du calendrier, j’aime y voir l’envol du boumerang, le dessin circulaire de la spirale qui s’étend.
Ce jour fut le début d’un irrépressible besoin de quitter pendant quelque temps, le bruit et les mondanités parisiennes. Ainsi débutaient mes premiers pas dans le silence du monde. Un séjour tout aussi productif qu’inspirant.

Suite à l’invitation qui m’a été faite par Laurent Marie Joubert, nous entamions ce 9 avril, un voyage épique avec David Rodrigez-Diaz, précédent résident habitué des lieux. De la naitra une profonde amitié entre nous, 8 ans après une première rencontre lors d’un autre voyage entre Metz et Sarrebruck… Mais je m’égare.

Sous le charme de cette nature si flamboyante, j’usais à tout va de mon appareil photo pour immortaliser ces instants. Certes, je devais présenter ces prémices de résidences à Camille Grosperrin et Célie Falières, mais c’est à la façon d’un touriste chinois dans Paris que je m’émerveillais devant ces paysages, son écorce et ses lichens. Il y avait ici une opportunité inouïe, pouvoir travailler avec les meilleures conditions techniques, dans le calme et au sein d’une végétation luxuriante.

Il ne pouvait en être autrement! Qui mieux qu’un artiste peut répondre aux attentes d’une résidence ? Jean-Claude Maes était un artiste qui a su partager son temps entre Paris et Saint Vincent de Durfort.

sg2015_s01Il aura fallu attendre le lundi 27 juillet pour retrouver le chemin de l’Ardèche. Et c’est sur les petites routes de campagne, la voiture pleine de matériel que nous entamions ce séjour
de 6 semaines. Après avoir fait un confortable tour des spécialités locales, et avoir arpentés rivières et sentiers vallonnés nous ne tardions pas à entamer le travail. Chaque matin pendant 48 jours, c’est une sérénité joyeuse qui me conduisait à l’Atelier.

L’espace était idéal, entièrement conçu par Jean-Claude Maes pour travailler la terre, étagères et plans de travail ne manquaient pas. La distance qui séparait la maison de l’atelier s’approchait de la perfection, juste ce qu’il faut pour s’échapper de l’espace domestique et entrer dans la danse.

 

Le peintre pourraisg2015_s02t probablement en dire autant, mais travailler la céramique c’est une danse de la main, en bon sculpteur, il faut aussi savoir faire tourner et tourner autour de la matière. Quoiqu’il en soit l’alchimie opéra, cette cadence, qu’elle soit chamanique ou non me permit en 5 semaines de produire davantage qu’en 5 mois.

Si mon travail amorçait un virage significatif depuis quelques années, mes distances vis-à-vis des utopies modernistes allaient pouvoir s’incarner dans ce petit village perché sur une colline. Le décorum d’inspiration naturaliste qui était apparu ces dernières années allait pouvoir, tel un saumon sauvage remonter à sa source. Les natures mortes que j’incarnais en faïence se réconciliaient avec le style de vie offert par le Studio Maes – Le Silence du Monde .

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Arnaud Mondon fidèle et inénarrable voisin opérait comme un miroir amusé devant mes faïences. Alors que j’entreprenais depuis quelques jours la série des pichets, il m’avouait qu’il venait d’acquérir des volailles bien vivantes. Si je les représentais coiffant des pichets
de seconde main, il nous proposait de venir les voir le soir même autour d’un jambon que nous partagions.

sg2015_s04Quelques semaines plus tard, lorsque j’entamais de faire pousser des cacahuètes aux arbres, c’est avec une poignée d’arachides à la main qu’il venait me donner une leçon de botanique. Si nos compagnons d’apéritifs poussent sous terre, je n’imaginais pas que c’était les fleurs du cacahuetier, telles des boutures, qui en germant produisaient des cacahuètes.
Il est ici histoire de production, et l’on peut difficilement savoir quelle terre fertile produira les meilleurs fruits. La nature, le calme et la volupté de ce séjour, m’auront permis de retrouver un plaisir égaré dans le brouhaha parisien.

sg2015_s05Si à la fin de la résidence on nous offrait des figues par panier, j’ai fait le voyage retour avec elles, je les retrouvais sur les étals parisiens à 9 euros le kilo. Heureux, j’abordais la fin de l’été les mains pleines de nouvelles pièces.

 


Célie Falières

Au cours de cette résidence, j’ai travaillé à la réalisation de pièces en céramique, cuites en basse température et faisant partie d’une série intitulée Litote. Les pièces produites à St Vincent durant le mois d’Août (6 au total) sont recouvertes d’un pigment noir dont le degré de réfraction de la lumière est proche de zéro. Théoriquement, c’est comme si la forme devenait un creux dans l’espace.Cette pièce a depuis été présentées à la Galerie des Beaux Art de Sarrebruck, Allemagne, (Hochschule der Bildenden Künste Saar) et à la Galerie Nei Liicht de Dudelange au Luxembourg. Dans les deux cas, cette présentation s’inscrivait dans le cadre de l’exposition collective Bastion!, commissionnée par l’artiste Damien Deroubaix
et regroupant Julia Andreani, Camille Fischer, Caroline Gamon, Aurélie de Heinzelin, Gretel Weyer et moi-même.

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Le fait de pouvoir profiter d’outils, d’espace et de temps est vital pour chaque artiste, c’est encore plus vrai en début d’activité. Cette résidence s’est révélée être un des temps forts de cette année 2015 en ce qui me concerne et ce autant en terme de production que pour le temps que j’ai pu prendre pour mûrir certains projets.

sg2015_c02L’atelier de St Vincent s’est révélé très agréable pour travailler. Nous étions en complète autonomie, le matériel est accessible, en bon état.La porte était en permanence ouverte ce qui nous permettait à la fois de profiter de l’extérieur et de pouvoir discuter avec le voisinage qui s’arrêtait immanquablement.

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Le plaisir que nous avions de travailler dans ce cadre très particulier de la campagne ardéchoise était relayé par les habitants du village qui appréciaient notre présence, et le fait que l’atelier soit de nouveau actif. Durant ce mois, j’ai également travaillé sur une édition « Le partage des domaines », livre ayant bénéficié du soutien du Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines de Strasbourg et, donc, du Silence
du Monde

J’ai réalisé la maquette ainsi que la retranscription des différents textes du livre dans l’atelier de la maison. La complémentarité des ateliers est un des grands avantages de cette résidence. Le fait que Jean-Claude Maes ait eu des pratiques aussi diverses que variées fait du Silence du Monde une résidence ou les artistes peuvent vraiment travailler toutes sortes de médium. Il me semble que nous avons tous trois mesuré la chance que nous avions de pouvoir travailler dans de si favorables conditions… Pouvoir passer
du four céramique à la table lumineuse ou au chevalet juste en changeant de pièce était un vrai luxe.

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Enfin, l’accueil chaleureux des habitants et artisans du voisinage a été particulièrement apprécié.

Dans un village aussi isolé que St Vincent, il est agréable de savoir que l’échange d’informations et de menus services fait partie du quotidien. Le Silence du Monde est un projet qui semble s’inscrire de façon très naturel dans le paysage et il gagnerait à être perpétué et développé !

 


Camille Grosperrin

L’artiste invité Sébastien Gouju a choisi de joindre au projet deux jeunes artistes dont je fais partie. Nous avions tous les trois en commun de travailler la céramique de manière importante au sein de nos pratiques artistiques, et l’atelier de Jean Claude Maes présentait l’immense avantage de mettre à notre disposition tout ce dont un jeune artiste céramiste pouvait rêver : deux fours fonctionnels, de nombreux outils et matières premières, dans un véritable espace de travail dédié à la terre.

Mon travail au cours de cette résidence s’est divisé en deux temps et sur deux lieux distincts.
Dans l’habitation principale, j’ai bénéficié du grand studio de dessin pour avancer mon projet graphique. Tout juste de retour d’une résidence précédente en Espagne, où j’avais entamé un travail de gravure et de dessin autour de contes mythologiques et de personnages réels rencontrés sur place, la résidence au sein de l’atelier de Jean Claude Maes m’a permis de développer mes recherches. Cet atelier s’est révélé un environnement idéal pour travailler, dans de très bonnes conditions (calme, isolement, luminosité importante, grand volumes, bureaux adaptés et outils de dessins à disposition…). Il a permis d’aboutir à une petite série de dessins grands formats (voir visuels) et d’avancer dans ma réflexion autour de ce projet, notamment grâce à cette possibilité d’isolement, de recueillement et de concentration, qui ont permis la rédaction de petits textes, supports de travail pour le dessin.

Dans l’atelier de céramique situé en contrebas de la place du village, j’ai pu me consacrer à un travail de commande ainsi qu’à une série de recherches personnelles autour de recettes d’émail, en vue d’une exposition qui se tenait en novembre à Paris.

Les pièces de commande, une série de vases dessinés par l’artiste Aurélien Mole, pour son exposition personnelle à Brest à la Passerelle, devaient être réalisées en 30 exemplaires. Il s’agissait de ma première expérience de commande pour un autre artiste et je devais notamment relever le défi du moulage et du coulage, car je ne travaille jamais de cette manière. L’enjeu de cette commande était, au delà de l’aspect financier, d’apprendre
et de comprendre de nouvelles techniques et de travailler pour un autre artiste, exercice difficile maisqui s’est révélé très formateur. J’ai pu travailler dans des conditions optimales grâce à la présence des deux fours aux dimensions idéales, l’un suffisamment grand pour réaliser des pièces de taille conséquente, l’autre plus réduit, parfait pour les premiers tests d’émaillage. Pouvoir notamment observer le travail de Jean Claude Maes, passé expert dans le travail du moulage et du coulage a également été très intéressant en parallèle de la création de mes moules et de mes pièces. Même si la majorité de son travail a été catalogué et archivé, de nombreux moules étaient encore à la disposition du regard sur les étagères de l’atelier, et j’ai pu satisfaire ma curiosité quand à leur mode de fabrication, leur articulation et leur rôle à jouer dans le processus de coulage et de création du livre-céramique de Maes.

sg2015_ca00Durant le temps de la résidence, il était également très agréable et surprenant de voir les gens s’arrêter et même parfois entrer spontanément dans l’atelier dont nous laissions toujours la porte ouverte.
Le précédent résident, David Rodriguez-Diaz, avait déjà effectué un très grand travail de médiation et de transmission autour du lieu et du projet, et nous avons reçu un très bon accueil à la fois des gens du village et des artistes des environs. Pour continuer ce travail d’intégration du lieu à la vie culturelle locale, nous avons décidé d’organiser, avant notre départ, un accrochage au sein de l’atelier céramique pour permettre à ceux qui le souhaitaient de découvrir le travail réalisé sur le mois. L’initiative et le travail ont tous deux reçu un très bon accueil.

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