Résidence 2016

Sébastien Gouju et compagnie du 7/07 au 24/09/2016sg2016_00

L’artiste invité Sébastien Gouju associe au projet les jeunes artistes Hélène Bleys, Clément Richem, Claire Hannicq.


Sébastien Gouju

Pour la seconde année, comme une coutume, j’entame l’été en direction de Saint-Vincent de Durfort.
En compagnie de Claire Hannicq et de Clément Richem, je retrouve mes quartiers d’été dans ce savoureux petit village d’Ardèche. La chaleur de l’accueil est comparable à la beauté du paysage, au silence ponctué la nuit par le chant des chouettes.
La famille Mondon au grand complet semble attendre notre retour, synonyme de vie qui anime la maison, rythme ses volets, sa place et son atelier en contre bas. A peine arrivés, nous retrouvons à la galerie du théâtre de Privas, Camille Planeix et Eléonore Jacquiau Chamska, respectivement directrice de la galerie du théâtre et chargée de mission au Parc Naturel des Monts d’Ardèche. Alors que toutes deux officiaient au Frac Lorraine, nous nous revoyons quelques temps et degrés plus au sud.

L’expérience du Silence du monde conforte mes ambitions et j’aborde cette deuxième année de résidence avec la conviction double de pouvoir m’offrir le dépaysement propre aux vacances et confort de travail intensif. L’accès à un four de cuisson, étant désormais devenu onéreux (depuis la fin de mon séjour à la Cité des Arts, Paris) j’aborde l’été avec une liste de pièces à réaliser, comparable aux vœux d’un enfant à la veille de Noël.

Pour commencer, c’est probablement la nature luxuriante de l’Ardèche et ses ersatz citadins qui inspireront, ma candidature pour l’appel à projet de la cité internationale de la tapisserie à Aubusson. Dossier envoyé, je recevrai quelques mois plus tard et non sans mal la mention spéciale du jury.

Mais j’allais à nouveau, enfin pouvoir me consacrer corps et âme à la céramique. L’ambition était grande et je prévoyais de réaliser, une centaine d’oiseaux estampés, deux poulpes, une série de multiples, et quelques pichets. Vaste programme qui venait clore deux séries majeures de mon travail récent et prolonger encore un peu le succès critique et dans une moindre mesure commercial de l’exposition« Still a life » qui a eu lieu à la galerie Semiose au printemps dernier à Paris.

L’expérience d’un premier séjour à Saint Vincent de Durfort avait galvanisé mes ambitions, le bouche à oreille et tout le bien que l’on avait pu dire de cette résidence avait fait son ouvrage. Les amis artistes se bousculaient pour venir, hasard géographique en période estivale ou production prolongée, une douzaine de personnes nous ont rendu visite, le temps d’une nuit, d’un week-end ou de plusieurs semaines pour : Célie Falières, Hélène Bleys et Anne-Emilie Philippe, au point où j’ai préféré reporter le passage prolongé de trois artistes strasbourgeois à une prochaine session, c’est dire. Le nombre d’heures d’atelier
était conséquent et les dîners collectifs devenaient le terrain de jeu parfois complexe de nos cultures et savoir-faire gastronomiques.

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A l’atelier, tout pourrait s’exprimer en chiffres, heures passées chaque jour, nombre de pièces, nombre d’artistes au travail, courbes de températures des fours et de l’atelier.

Si je tardais à entamer l’œuvre centrale, Clément Richem avait lui pour projet d’y réaliser l’intégralité de sa prochaine exposition personnelle au Granit à Belfort. En attendant, j’expérimentais le contenu des sacs de barbotine laissés par Jean-Claude Maes, empilant des méandres de racines. Puis, je coiffais quelques pichets d’une famille de faisan, d’un pélican et d’une cigogne, les trois œuvres seront présentées à la foire d’art contemporain  « galeristes » au Carreau du temple à Paris à l’automne.

Réflexion faite, j’attendrai la livraison d’une nouvelle faïence avant d’estamper une centaine d’oiseaux dans deux moules réalisés aux ateliers de Sèvres par Franck Touchais. sg2016_s04Chaque jour, je jetais, évidais et remplumais minutieusement mes moineaux écrasés. Jean-Yves Madeleine équipait l’atelier d’un magnifique tour à pied, fait main, et nous donnait des leçons de poterie, il partageait ses courbes de cuissons défiant devant nous les lois de la céramique. En moyenne nous cohabitions confortablement à trois ou quatre dans l’atelier, et nous réussissions même, le temps d’un week-end à partager l’espace en sept établis. Cloé et Mathieu, respectivement 9 et 7 ans ponctuaient l’activité de l’ateliers, jusqu’aux journées du patrimoine, ils y improviseront un atelier de vacances.

Je terminais cette seconde année de résidence, sur des charbons ardents. Après avoir réalisé ses premières céramiques, Hélène Bleys m’aidera à finir ssg2016_s03ur le fil l’émaillage d’un nouveau multiple de vingt feuilles ornementales qui seront présentées à la Maison Rouge pour les Multiples Arts Days à Paris.

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Retour à Aubervilliers, bien décidé à poursuivre et finir ma gargantuesque liste, le père Noël a pris du retard, et à l’heure où j’écris ces lignes j’entrevois seulement la fin.


Hélène Bleys

Suite à une proposition de Sébastien Gouju, je suis venue en résidence au Silence Du Monde à la fin du mois de juillet et ce jusqu’à mi-septembre.

L’appropriation et l’imprégnation de ce qui allait être mon lieu de vie et de travail, le temps d’une parenthèse estivale, se déroula tout d’abord par l’investissement de l’atelier de peinture et video de Jean-Claude Maes qui se trouve à l’étage de la maison. Ayant comme médium central le dessin, j’ai pu esquisser et mettre en place quelques productions destinées à candidater pour une demande d’aide à la création à la région Grand Est. S’ensuivirent quelques aventures dessinées. L’une particulièrement naquit grâce au matériel de Jean Claude Maes qui se trouvait sur place.
Nouant, emmêlant, tissant et entassant, je force dans mes dessins des éléments étrangers à cohabiter. À l’aide de la peinture sur rhodoïdes et superposant ensuite les dessins obtenus, cette gestuelle et ces verbes prirent un autre sens, offrirent de nouvelles possibilités à ces recherches graphiques. Matériaux étrangers à mon atelier de Nancy, ils me permirent ainsi de trouver une astuce qui ne m’avait encore jamais traversé l’esprit.

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Dessin préparatoire, étude de motifs, gouache et feutre sur rhodoïde, 2016
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Dessin préparatoire, étude de motifs, encre de chine sur papier, 2016

Novice dans l’élaboration de pièces tridimensionnelles mais animée par l’envie et la curiosité de découvrir la céramique, c’est en rebondissant sur l’un de ces dessins que j’ai découvert le travail de la terre.
Je passai donc la deuxième partie de mon séjour à graviter autour de l’atelier de modelage, épaulée et guidée par Sébastien Gouju. Opérant un glissement du dessin vers le volume tridimensionnel, la céramique est apparue comme un nouvel espace de liberté. Gestes chers à mon identité graphique, la terre permet de triturer, nouer, croiser les éléments entre eux. Confrontée à la matière et ainsi à une autre réalité sensorielle et charnelle, mes idées prirent une charge plus concrète. Manipulant le même vocabulaire que celui du dessin mais par le détour d’une toute autre matérialité, je pensai mes sujets par association / altercation d’idées et c’est naturellement que je m’inspirai des formes et textures présentes autour de moi, glanant des éléments dans le paysage ardéchois. Je réalisai une dizaine de pièces en faïence émaillée.

Cette dynamique de travail fût grandement favorisée par l’environnement de la résidence, ses ateliers calmes et lumineux et son cadre idyllique. C’est un privilège rare d’avoir pu vivre cette expérience. Le silence du monde a cette rareté de pouvoir envelopper le processus créatif de sa conception à sa réalisation sans obstacle.
La force de ce lieu réside entre autre dans l’atmosphère humaine de Saint-Vincent. Je fus frappée par la facilité des échanges entre les accueillants et généreux villageois et les artistes invités.

Et c’est ainsi que ce séjour fut ponctué de multiples rencontres et échanges intergénérationels : L’histoire de Saint Vincent contée par le doyen du village, les passages furtifs de Jean Claude dans l’atelier et sa curiosité , les ingénieuses astuces d’Arnaud et enfin la complicité que je nouai avec Chloé et son frère Mathieu, les plus jeunes enfants de la commune. Avec Chloé, nous échangions des dessins, je lui confiais quelques menues tâches à réaliser et quand le glas de la fin des vacances retentit, elle continua à venir nous voir pour nous raconter ses journées. Nous sommes encore aujourd’hui en contact par courriels. Et tout cela n’est qu’un bref aperçu de ces interactions.

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Malgré la courte durée de mon séjour, j’avais la sensation de faire partie d’un tout, d’une entité harmonieuse. Cette dimension humaine me conforte dans l’idée que les rapports humains dans le processus créatif, la conception de l’art comme un échange, un aller-retour sont une nécessité absolue.
Cette expérience fut riche et unique. Le Silence Du Monde permet l’immersion dans un ailleurs, loin du tumulte qu’impose la ville et donne la possibilité de transformer le mouvement artistique en dialogue.

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Clément Richem

En compagnie de Sébastien Gouju, Claire Hannicq, ainsi que d’autres artistes de passage, j’ai séjourné les mois de juillet et août au « Studio Maes – le silence du monde ».
Deux mois au calme, dans le paysage magnifique du petit village de Saint-Vincent de Durfort. Deux mois de travail dans l’atelier de céramique. Mais aussi deux mois d’échanges riches, avec des amis artistes sont venus nous rejoindre pour de courtes périodes, et avec  des habitants du village passionnés d’art et d’artisanat que nous avons rencontrés.

L’atelier céramique est très agréable, il est équipé de deux fours, outil essentiel quand on travaille la terre, et qui me fait défaut dans mon atelier!

Je suis donc venu y travailler la céramique, sans projet précis, plutôt une envie d’expérimenter, partir sur de nouvelles pistes. Le silence du monde fut le lieu idéal : découvrir un nouvel atelier, amène de nouvelles sources d’inspiration. Ayant une exposition programmée dès mon retour en Franche Comté, je savais que les pièces réalisées y seraient exposées.

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Durant les premières semaines, j’ai réalisé une série de dessins à l’argile. J.-C..Maes, le fondateur de l’atelier avait créé un livre en faïence, mélangeant textes et dessins. Nous avons découvert dans l’atelier son équipement de travail : plaques de plâtre, systèmes ingénieux pour réaliser des pages de livre en argile. Cela m’a certainement guidé inconsciemment dans mon projet de dessins à l’argile. En tout cas, j’ai utilisé les plaques de plâtre de J.-C. Maes. Le projet est resté pour cet été à l’état d’ébauche, pour des raisons techniques, mais je le reprends actuellement dans mon atelier à Besançon, et développe ce qui avait été commencé à Saint Vincent. Les dessins à l’argile seront exposés au Musée de L’image d’Épinal, en 2017.

Le restant du séjour, j’ai réalisé une série de pièces sculpturales. Des personnages, figés pour l’éternité dans un décor évoquant Pompéi.

sg2016_cr06Ces céramiques sont présentées sous la forme d’un diorama : un assemblage de pièces recréant une scène, une image. Ces réalisations ont été présentées à la Galerie du Granit, scène nationale de Belfort, en septembre et octobre 2016, et le seront au Musée de L’image d’Épinal en 2017.

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Exposition Petra, Galerie du Granit, scène nationale de Belfort, 2016. pièces réalisées en résidence Le silence du monde

Je remercie chaleureusement l’association Le silence du monde, Jean-Yves Madeleine et Laurent-Marie Joubert pour leur accueil, ainsi que Sébastien Gouju pour son invitation à découvrir ce lieu splendide.

Sol Ciel, grès, 58x45x8 cm, 2016
Sol Ciel, grès, 58x45x8 cm, 2016

Claire Hanniq

Sebastien Gouju m’a proposé de venir passer l’été à Saint Vincent de Durfort, ce qui m’a paru une occasion rêvé de passer un moment de travail collectif et chaleureux dans un cadre champêtre.
Et effectivement, immergé dans les montagnes et les vallons de l’Eyrieux, dans la maison du Silence du monde, le cadre s’est avéré idéal.

Revêt

Pendant les presque 2 mois passés à Saint Vincent, j’ai pu développer un travail poussé dans une technique que je découvrais : la marqueterie. Tâtonnant mais aussi aiguillée par Gilbert, notre voisin attentionné et passionné lui-même de marqueterie, j’ai commencé une série de pièces en bois.
Le cantonnier du village et fils de Gilbert, Arnaud, m’a procuré la base de pin ou de cèdre – bois qu’il a lui même asg2016_ch02battu et taillé en planche – qui sert de support à mes pièces. Le bois de plaquage quand a lui, je me l’étais procuré en amont : érable, chêne, camphrier, noyer, myrthe, frêne, bouleau…

La série s’appelle « Revêt » et représente des objets dissimulés dans des drapés de tissu.

Revêt fait l’objet d’une double dissimulation, car le sujet de la série n’est pas le drapé mais bien les objets dissimulés derrière les draperies, tandis que le support lui-même – la marqueterie – est le plaquage, donc le recouvrement, d’un bois brut et banal sous un bois noble.

Revêtir signifie à la fois « habiller richement quelqu’un » et « recouvrir d’une couche protectrice ».

Ainsi le sujet n’est pas ce qu’il semble être. Au coeur de l’oeuvre sont enfouis armes et autres tranchants.
Et si l’oeuvre n’est pas dissimulée, son sujet est bien la dissimulation.
Car c’est un trompe l’oeil, un subterfuge qui détourne le regard du fond : l’esthétique si éloquente de la marqueterie ramène l’attention vers la forme, fait oublier la question « mais qu’y a-t-il sous l’écran ?», et les armes contenues nous échappent.

Baignés dans ce cadre magnifique, j’ai admiré les étoiles, vu des astéroïdes passer à toute vitesse la nuit, j’ai imaginé de nouveaux projets, de nouvelles oeuvres, de nouvelles possibilités, j’ai lu, j’ai créé libre et sans contraintes dans un environnement stimulant, j’ai profité du marché de Privas, bu et mangé les délicieux produits locaux (surtout des glaces), nous avons joué à la pétanque et au Molki avec les habitants de toutes générations, nous avons partagé la bombine avec eux, nous nous sommes baladé, avons ramassé du thym serpolet et de la menthe…

La nuit, l’aube

Inspirée par la forêt alentour, j’ai monté un projet pour la réalisation d’une tapisserie, que je compte mettre en oeuvre par la suite.

Le projet s’appelle « La nuit, l’aube sg2016_ch07», il représente une forêt (celle de Saint Vincent), tissée dans un format horizontal.

La spécificité du projet est que le fil noir utilisé est de deux natures : l’un sensible à la lumière, l’autre résistant.

Ainsi en laissant la tapisserie dans un contexte d’exposition à la lumière directe, d’un grand mono- chrome noir, nous irons vers une forêt où point l’aube, teintant progressivement de gris rose les espaces entre les arbres.

Le projet, à l’état d’ébauche à Saint Vincent, se concrétise peu à peu sous la forme d’un premier test tissé que je réalise, depuis mon retour à Besançon.

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